Appelons-le Ani

Appelons-le Ani

Ani était un petit garçon lorsqu’il a été parmi les premiers enfants recueillis par l’ASEM. Il venait de Inhambane, à quelque 900 kilomètres de Beira.

Il ne se rappelle pas comment il est arrivé tout seul à Beira pendant la guerre alors qu’il n’avait que cinq ans. Ani ne se souvenait uniquement qu’il avait vécu chez sa grand-mère et qu’il avait fui la maison. Il avait une mère qui ne vivait pas avec lui et il ne savait pas qui était son père.

Ani était souvent battu. C’est la raison pour laquelle il a fui la maison. A Beira, il a vécu deux dans la rue. Ani était un enfant particulier avec bien des problèmes psychologiques, mais il était très gentil et sensible. L’ASEM est devenu sa famille et Barbara sa « Mom ».

Au début de l’ASEM, je passais beaucoup de temps dans le centre avec les enfants, mais avec le temps j’ai diminué ma présence, car j’étais toujours persuadée que je ne devais pas être le centre d’intérêt des enfants, mais plutôt mes partenaires mozambicains. Alors tout naturellement, les enfants recueillis par la suite n’avaient pas la même relation avec «Mom Barbara» comme ceux du début du Centre.

Un jour Ani a demandé de me parler. Lorsque je suis arrivée au Centre, Ani m’est tombé dans le bras en pleurant à chaudes larmes. J’ai pensé qu’il était arrivé quelque chose de grave. Un instant plus tard, Ani a demandé: «Mom pourquoi fais-tu cela?» «Faire quoi?» lui ai-je demandé. Ani a répondu : « j’ai une Maman, mais ces petits qui viennent d’arriver, n’en ont pas. Tu n’es plus avec eux comme tu l’étais lorsque je suis arrivé».

Je lui ai expliqué pourquoi, mais Ani n’était pas d’accord. Plus tard dans sa vie, il a pourtant compris.

Dix ans plus tard, nous avons visité le village d’où provenait Ani et y avons retrouvé sa famille. C’était une expérience inoubliable, car tout le monde pensait qu’Ani était décédé. Mais les conditions de vie étaient tellement misérables qu’Ani est revenu à Beira.

L’idée était qu’Ani devait d’abord apprendre un métier avant de retourner dans sa famille, ce qu’il a finalement fait. Quelques années plus tard, Ani était à nouveau totalement intégré dans sa famille et dans son village.

La vie dans le village était cependant très dure et il n’y avait pas de possibilité de travail. On m’a appelée au village et la grand-mère m’a dit reprend ton fils. Il risque de mourir ici car nous n’avons pratiquement rien à manger, des noix de coco pour le déjeuner et des noix de coco pour le repas du soir.

Je répondis:  «Grand-mère! Il est ton petit-fils, ton fils». Mais elle rétorqua: «Qui donc a souffert pour cette enfant, qui l’a nourri, qui était à ses côtés pendant les temps durs, qui lui donna de l’amour? C’était toi Barbara, il t’appartient et nous n’avons pas de droit sur lui».

Evidemment, seul celui qui connaît les traditions et les valeurs de l’Afrique noire peut comprendre le comportement de la grand-mère.

Ani m’a présenté sa soeur âgée de quatre ans et lui a dit: «Fatima, viens et rapproche toi de notre vraie mère».

Finalement. Ani est retourné avec moi à Beira, où nous avons trouvé un travail pour lui. Après quelques années, il a déménagé dans la capitale Maputo où il a rencontré sa femme.  Ils sont ensemble depuis huit ans et ont un fils d’une année.

 

 

Aujourd’hui, Ani travaille comme enseignant des beaux-arts dans une organisation caritative internationale qui soutient des enfants en péril en leur donnant confiance en eux et les guide vers un avenir plus radieux.

Ani a permis à sa femme de suivre un cursus scolaire et elle aimerait suivre des cours pour devenir secrétaire, mais elle ne peut pas assumer les coûts de cet enseignement qui s’élèvent à 500 dollars américains.

Pouvons-nous l’aider?

9.11.2012 – Barbara (Traduction e Jean-Louis Zurcher)

 

Post scriptum:

J’aimerais encore ajouter un commentaire à l’histoire d’Ani

Un jour la cuisinière du Centre, qui était comme une soeur pour moi et que les enfants appelaient «tante», m’a confié:

«Barbara, disons aux enfants que tu es la tante et moi la mère. Des Noirs ont tué les parents de beaucoup d’enfants et toi, Blanche, tu es venue et tu es gentille avec eux. Ils vont ainsi haïr les gens de leur race. Mais il existe aussi de bons Noirs et de méchants Blancs. Les enfants doivent apprendre cela».

Un enseignement grandiose pour moi. Cette femme n’avait jamais été scolarisée, mais elle était un maître important pour moi