Le parcours d’Ady

Le parcours d’Ady

Bien des enfants de l’ASEM ont un vécu nébuleux, avec de vagues souvenirs de parents, de grands-parents, de frères et sœurs ou d’autres parentés qui dans l’horreur de la guerre et de la dévastation se sont envolés.  Il en est ainsi d’Ady.

Ady était un tout jeune garçon lorsque Barbara l’a vu pour la première fois à la porte du bureau de l’ASEM. Il semblait avoir quatre ans, mais personne ne pouvait l’attester. C’était la guerre et comme beaucoup d’autres parents qui ne savaient plus comment s’en sortir, la mère d’Ady abandonna son enfant dans la rue. Elle avait perdu sa maison et n’avait nulle part où aller.

A son âge, on n’aurait pas eu le droit de laisser Ady tout seul, mais celui-ci s’adapta à la rue et à la « liberté ». Il grandit sans surveillance, fit ce qu’il voulait quand il voulait, sans domicile, errant sans but, mais constamment fatigué et affamé.

Comme la plupart des enfants de la rue, Ady sniffait de la colle pour tromper la faim. Parfois il rampait sous des camions pour inhaler les gaz d’échappement. Ainsi il vivait dans la rue, livré à lui-même, agressif et en même temps résigné, négligé et perdu.

Ady passait de temps en temps au bureau de l’ASEM et occasionnellement dormait une nuit dans le Centre avant de retourner à « sa vie » dans la rue. Il n’était pas prêt pour l’ASEM. Barbara et les autres collaborateurs de l’ASEM donnaient des conseils à Ady, l’aidaient comme ils pouvaient, mais ne l’ont jamais forcé à se joindre à un des Centres de l’ASEM. Ady devait se décider lui-même.

Chaque fois que Barbara lui disait qu’il était aussi beau et précieux que n’importe quelle autre personne, qu’il était un beau jeune homme, Ady se regardait dans le miroir et faisait des grimaces pour ce moquer de lui-même.

Lorsque Ady avait environ dix ans, il a décidé de venir à l’ASEM et d’y rester. Il habitait dans le Centre de Macurungo et y a débuté sa scolarité. Avec le temps, ses plaies psychiques, sociales et émotionnelles infligées par la dureté de la vie dans la rue se sont refermées. Dix ans plus tard, Ady a quitté le Centre avec une formation professionnelle dans la poche.

Barbara se souvient d’un contretemps fâcheux au cours des années passées par Ady à l’ASEM. Ady volait du riz dans les provisions du Centre et lorsque ça a été remarqué, Barbara lui a dit qu’il devrait quitter l’ASEM et le Centre s’il recommençait à voler.

Ady a regardé Barbara dans les yeux et lui a dit qu’avant de le punir, il fallait lui demander ce qu’il avait fait avec le riz. Ce que Barbara lui demanda et il répondit : «Après toutes ces années, j’ai retrouvé ma mère. Elle vit sous un arbre et elle est en train de mourir de faim. Depuis longtemps je lui ai pardonnée, maintenant elle a besoin de mon aide. S’il te plaît, aide-moi à apprendre un métier pour que je puisse travailler et ensuite m’occuper d’elle ». C’est ce qu’il a fait.

 

Ady

 

En septembre 2012, Ady a rendu visite à l’ASEM avec sa femme et son petit enfant pour rencontrer Barbara. Ady était devenu un adulte respecté dans sa communauté et exerçait le métier de chauffeur.

Le 15 novembre 2012, Ady a appelé Barbara. Il était très triste et pleurait car sa mère venait de mourir. Mais sa mort a été accompagnée par une pensée positive, car son fils avait réussi, malgré les temps difficiles de son enfance, de l’insécurité et de la mort toujours proche dans sa vie dans la rue.

Ady est un survivant avec un long chemin derrière lui depuis sont enfance malheureuse. Ady est la preuve que l’espoir est fort et que la lumière du bien éclaire aussi les nuits les plus sombres.

18.11.2012 – Claire Dangalan Cachuela (Traduction de Jean-Louis Zurcher)